Contraste
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Valérie

Quel est votre parcours ?

Ma maladie s’est déclarée lorsque j’avais 23 ans, juste après la naissance de ma fille. Cela a été un gros choc de l’apprendre mais j’ai quand même eu une vie tout à fait normale, j’ai eu 4 grossesses. En 2006, j’ai eu une forte poussée qui m’a clouée au sol. Je ne travaillais déjà plus, comme j’étais dans la fonction publique j’ai eu la chance de pouvoir prendre ma demie retraite, de pouvoir m’occuper de mes enfants mais surtout de moi, par rapport à cette maladie justement. À l’époque, ma façon de me battre c’était d’aller courir. Je commençais toujours ma journée comme cela et quand je revenais je me disais « une fois de plus je l’ai fait ». Je lisais aussi des livres du kinésithérapeute Pierre Pallardy qui montrait des petits enchaînements d’exercices. Je les avais écrits sur un papier et je m’étais dit « de toute manière je ne ferais jamais cela, je cours tous les jours, je ne ferai jamais ces exercices ». Au moment de la crise, j’ai alors ressorti ces enchaînements et je les pratiquais pendant 45 minutes dans ma chambre. Au début je les apprenais donc c’était un peu laborieux, puis une fois que je les avais bien mémorisés je les faisais sans m’arrêter. C’est là que le déclic s’est produit, car même si j’étais en phase de poussée et que j’avais très mal, pendant ces 45 minutes, j’oubliais ma maladie, j’étais vraiment concentrée sur ce que je faisais et j’oubliais que j’avais mal. J’ai alors voulu partager mon expérience et faire passer le message que l’on peut pratiquer telle ou telle activité physique même si l’on est atteint de sclérose en plaques ou de toute autre maladie. J’ai donc fait une année de yoga mais le cours ne me plaisait pas tellement. J’en ai parlé autour de moi et j’ai rencontré une professeure qui a accepté de me former pendant 2 ans. J’ai ensuite voulu avoir mon propre groupe et partager ce que je ressentais.

Pouvez-vous décrire en quelques mots ce qu’est le yoga ?

C’est une façon de s’évader en faisant des exercices axés à la fois sur la respiration et sur des étirements tout en douceur mais en profondeur. Cela permet donc de lâcher prise et d’évacuer le stress, lié à des problèmes de santé par exemple. Pendant un cours de yoga on ne pense plus à rien, juste à se faire du bien.

Peut-on dire qu’il a des bénéfices à la fois physiques et psychiques ? Quels sont-ils ?

Oui tout à fait. Étant moi-même atteinte de sclérose en plaques, j’ai en ce moment très mal aux jambes et donner un cours de yoga n’est pas évident. Mais quand je suis dans mon cours, j’oublie vraiment que j’ai mal car le fait d’étirer les muscles apaise tout de suite les tensions neurologiques, articulaires et musculaires que l’on a au quotidien. Le fait de faire ces exercices axés sur des étirements très lents permet une réelle prise de conscience du ressenti que j’ai pendant toute la durée du cours et, à la fin de l’heure, lorsque j’entame la relaxation, je suis vraiment dans un état de bien-être, en accord avec moi-même. C’est un moment de détente, de chaleur intérieure au niveau des articulations donc cela apaise vraiment l’esprit tout en apaisant le corps. En plus, l’effet bénéfique perdure une bonne heure une fois la séance terminée. Donc cela permet de rester positif et de faire une belle parenthèse dans la maladie qui est là au quotidien et qui, malheureusement, ne nous laisse pas vraiment de vacances !

Est-il adapté aux personnes atteintes de SEP ?

Il faut bien sûr adapter les exercices. Personnellement, j’avais perdu énormément d’équilibre donc j’ai fait de la kinésithérapie vestibulaire et le fait de pratiquer tous les jours le yoga m’aide beaucoup. Même si c’est difficile, je travaille l’équilibre avec un appui et je travaille beaucoup au niveau des bras et des épaules. Les personnes atteintes de SEP sont surtout touchées au niveau des jambes, ce qui nécessite le travail d’un kiné, mais au niveau des épaules et des bras le yoga apporte beaucoup de décontraction. Je ne peux pas faire faire beaucoup d’exercices aux patients qui participent à mon cours mais je leur apporte beaucoup de détente en leur montrant des étirements adaptés à leur handicap.

Peut-on le pratiquer à tous les stades de la maladie ? Y a-t-il des exercices conseillés pour tel stade et déconseillés pour tel autre ?

J’ai eu l’expérience d’une femme en fauteuil roulant qui est venue au cours faire un essai. Elle ne pouvait travailler qu’au niveau des bras car elle ne pouvait pas quitter son fauteuil. Elle n’est venue qu’une fois même si elle m’a confié avoir beaucoup apprécié. Avec le recul après plusieurs séances, je dirais qu’il vaut mieux faire des groupes avec des personnes qui ont le même niveau de condition physique pour ne pénaliser aucun participant.

Peut-on pratiquer le yoga chez soi ? Et avec ses proches pour un effet synergique ?

Oui, bien sûr ! C’est sûr que la motivation est plus forte lorsque l’on est en groupe mais, personnellement, sachant le bienfait que cela m’apporte, même en vacances, je fais une demi-heure de yoga parce que j’aime cela mais surtout parce que j’étire toutes mes articulations, je respire calmement, je me concentre sur moi et cela m’apporte énormément. C’est une réconciliation avec soi-même et cela permet d’aller mieux.

Si des proches accompagnent les personnes atteintes de SEP, ils vont peut-être s’ennuyer car les exercices ne seront pas adaptés mais si c’est pour apporter du soutien, c’est une bonne chose. Le yoga est accessible à tout le monde, les postures sont adaptées au niveau de chacun.

À quelle fréquence conseillez-vous de pratiquer le yoga ?

Le yoga est une discipline particulière, il faut vraiment être concentré sur ce que l’on fait, être dans l’instant présent. Si le corps se sent bien dans un cours de yoga, il faut le faire le plus régulièrement possible pour ne pas laisser le temps aux articulations de devenir moins souples. Avec la sclérose en plaques, si n’importe quelle activité nous soulage, il faut la pratiquer le plus souvent possible. Personnellement, quand je n’ai pas yoga, je vais à la piscine. Souvent à reculons car j’ai toujours froid et rien que de penser que je vais me mouiller c’est dur mais, une fois que j’ai mis mes palmes, que je commence, je fais mes longueurs, toujours le même nombre, et quand je ressors je me dis que je suis bien contente de l’avoir fait. En fait, il ne faut pas trop s’écouter, il faut faire ce que l’on aime parce que dans tous les cas c’est bénéfique.

Pour conclure, je dirais que le yoga donne l’énergie de vie, permet de développer une paix intérieure qui donne la force de l’acceptation de la SEP qui devient une amie ! Le yoga, c’est le bien être dans l’action.